Bascons comuna de Gasconha

Bascons comuna de Gasconha

L'indication "Bascons Comuna de Gasconha", sur les panneaux aux entrées du village, affirme que Bascons est restée fidèle à ses racines occitanes.

"Bascons Comuna de Gasconha" signifie en langue gasconne : "Bascons, Commune de Gascogne".  Suite à la demande d'associations et de certains conseillers généraux, le Conseil départemental des Landes a décidé d'offrir aux communes qui en manifestaient le désir (et à l'image de certaines de leurs consœurs béarnaises ou bigourdanes), des panneaux indicateurs de leur nom patronymique, rédigés en graphie gasconne.

La commune de Bascons, fière de ses racines occitanes, lieu où les traditions restent toujours bien vivantes ( deux arènes, musée de la course landaise, théâtre gascon...) a tout de suite souscrit à cette idée et s'est donc vue dotée des panneaux en question. L'occasion de revenir sur l'histoire de cette langue gasconne encore comprise aujourd'hui par 72% des personnes et parlée couramment par plus de 30% dans les Landes, le Gers, le Béarn et la Bigorre.

Quoiqu'on en pense ou quoiqu'on en dise, le gascon est - et ce depuis toujours - une véritable langue, et non un quelconque "patois" destiné à "parler aux vaches". D'ailleurs le gascon peut aujourd'hui être choisi comme deuxième langue au bac et est développé en université pour déboucher sur un professorat ad'hoc. Le gascon fait partie de l'Occitan (ou langue d'Oc) et a constitué au Moyen Age une grande langue de civilisation. La frontière septentrionale de l'Occitanie n'a guère varié depuis : il s'agit d'une ligne qui part de la Gironde, remonte au nord pour englober le Limousin et l'Auvergne et s'infléchit vers le sud-est pour atteindre la frontière italienne au nord de Briançon.

Cet ensemble présente trois grandes aires dialectales : le nord occitan (limousin, auvergnat, alpin), l'occitan moyen qui est le plus proche de la langue médiévale (languedocien, provençal) et le gascon ( à l'ouest de la Garonne) avec une percée en Espagne (Val d'Aran).

La culture gasconne a été, sans conteste, la plus riche de l'histoire de France. Cette langue des troubadours était parlée dans toutes les cours d'Europe alors que le français (dialecte de Paris) ne l'était que par un roi, peu obéi de ses sujets, régnant sur quelques arpents de terre en Ile-de-France. Il faut, pour l'exemple, savoir qu'à l'époque (1150-1220) Raimond VI, comte de Toulouse, et le roi Pierre II d'Aragon, échangeaient de la correspondance en vers (et en occitan) alors que le roi Philippe- Auguste était parfaitement illettré.
Bien avant cela, Aliénor d'Aquitaine, Richard Cœur de Lion, le Comte de Poitiers s'exprimaient eux aussi en cette langue, tout comme, par la suite, Lahire, Henri de Navarre ou autres d'Artagnan, pour ne citer que des personnages les plus connus de leur époque. Troubadours et poètes étaient légion : Frédéric Mistral fut, sinon le plus grand, du moins le plus connu. Qui s'est penché sur l'histoire de nos Landes aura sans doute fait la connaissance d'Isidore Salles, d'Emmanuel Delbousquet et autres Félix Arnaudin et Bernard Manciet.

Cette langue fut supplantée par le français, déclaré langue officielle et obligatoire. Mais depuis le Félibrige (1854), la langue d'Oc (dont le gascon) a connu une renaissance spectaculaire qui se confirme de plus en plus actuellement dans l'affirmation d'une conscience régionale en plein développement (théâtre, bals, orchestres, danses sont remis au goût du jour) avec notamment l'ouverture de calandrétas (écoles où on apprend la langue) à Montfort-en-Chalosse, Labouheyre, Biscarrosse et, très bientôt, à Geaune. Plusieurs livres ou méthodes autodidactiques occupent désormais les rayons des libraires (par exemple à Grenade-sur-l'Adour).

Autant de signes indicateurs de l'engouement de plus en plus vif d'un public vis-à-vis de cette langue ancestrale, toujours bien vivante en dépit des coups qui lui furent, pendant trop longtemps, assénés.

Donc "Bascouns Comuna de Gasconha" ? Oui, aussi bien géographiquement, qu'historiquement ou de par sa volonté de ne rien renier d'un passé riche d'une aussi brillante culture. Oui, "Bascouns comuna de Gasconha", et surtout fière de l'être !